JPC3.jpg Article paru dans le quotidien Le Monde du 28 octobre 2009.

Originellement, ce devait être la ministre de l'économie, Christine Lagarde. C'est en définitive Eric Besson, ministre de l'immigration, qui a s'est prêté, mardi 27 octobre, aux "questions cribles" des sénateurs.

Lors de cette séance - deuxième du genre -, qui vise à obtenir "un débat plus dynamique entre sénateurs et ministres", Eric Besson n'a pas failli. Il a exposé aux sénateurs ses arguments déjà bien rodés pour justifier l'expulsion d'immigrés afghans par la France, tout comme le "grand débat" qu'il entend lancer dès le 2 novembre sur l'identité nationale.

On avait déjà vu les sénateurs de la majorité plus frondeurs à l'égard du gouvernement. Cette fois, ils se sont surtout attachés à faire front autour du ministre - et de ses cinq conseillers -, face aux attaques de l'opposition .

Jean-Pierre Chevènement n'a évidemment pas manqué ce rendez-vous. Lui dont Eric Besson se targue de "faire la même politique".

Immigration et identité

Et l'ancien ministre de l'intérieur de Lionel Jospin d'interpeller l'actuel ministre de l'immigration : "Si vous appliquez ma politique, pourquoi depuis 2002 (avoir) modifié à plusieurs reprises la loi relative à l'entrée et au séjour des étrangers votée en 1998 ? Pourquoi avez-vous supprimé la clause de régularisation au fil de l'eau qui permet précisément d'éviter les régularisations massives ? Pourquoi avoir fixé des objectifs chiffrés qui empêchent les préfets d'agir avec humanité ? Pourquoi réunir immigration et identité nationale comme pour les opposer à la veille des élections régionales ?"

Répondant avec "plaisir" à M. Chevènement, M. Besson s'est bien gardé d'insister sur la similitude leur politique respective. "J'ai seulement dit que vous aviez fait du bon travail", a-t-il répondu, flatteur. Et l'actuel ministre d'insister : "Pourquoi opposez-vous immigration et identité nationale ? Le président a dit ce que l'immigration avait apporté à notre pays et qu'il était à la tête d'une France métissée. Encore faut-il intégrer les personnes immigrées en leur faisant partager nos valeurs . Ce qui ne doit pas choquer le grand républicain que vous êtes."

Optant pour l'"identité républicaine" plutôt que pour l'"identité nationale", M. Chevènement a simplement répondu au ministre issus des rangs de la gauche : "Ma politique avait pour objet d'élargir les marges de manoeuvre d'un gouvernement de gauche. Ce qui n'est pas exactement votre cas !"

Et d'insister : "Il faut soustraire ce sujet à l'opposition gauche-droite. C'est ce que j'ai fait, alors que votre surenchère sur le Front national aiguise de faux débats, favorisant tous les extrêmes, de la xénophobie au sans-papieurisme aveugle".